Jeudi 11 décembre 2025 se tenait à l’INSA CVL la finale locale de l’édition 2025/2026 du concours « Le Jeudi de l’Eloquence » !
8 étudiants de l’INSA CVL avaient planché sur la thématique « l’inclusion en transition » à travers 4 duels durant lesquels les étudiants devaient défendre le oui ou le non à 4 questions devant plus de 200 lycéens et étudiants présents en amphi :
- Peut-on être senior et se sentir à sa place en entreprise ? Fatma Toumi (oui) vs Bastien Besseyre (non)
- Télétravail, levier d’inclusion ou nouvelle machine à exclure ? Martin Fontaine (oui) vs Mederick Marchand (non)
- L’entreprise est-elle compatible avec la diversité des parcours de vie ? Nicolas Bouydron (oui) vs Imane Ouadjou (non)
- La neurodivergence peut-elle trouver sa place en entreprise ? Théo Larchier (oui) vs Xavier Lurton (non)
Tous les étudiants ont été particulièrement adroits dans l’exercice mais 2 d’entre-eux se sont particulièrement distingués : Imane (2e année STPI) qui se qualifie pour la finale nationale du concours Groupe INSA et Bastien (3e année ENP), qui a reçu les prix coup de cœur du jury et du public.


L’occasion de réaliser une interview croisée pour revenir sur leur performance.
A-t-il été difficile de répondre « non » aux questions qui vous étaient posées ?
Imane : défendre le fait que les entreprises ne sont pas compatibles avec la diversité des parcours de vie m’a été imposé mais cela ne m’a pas déplu car le sujet m’a beaucoup inspiré ! J’ai longtemps hésité à partager mon expérience personnelle. Je craignais d’être hors sujet ou que mon témoignage soit mal reçu. Donc quand j’ai pu constater le retour positif du public, j’étais la plus heureuse !
Bastien : hooo que oui, cela a été difficile ! Si ça n’avait été que de moi, j’aurais répondu que les seniors peuvent se sentir à leur place comme chacun d’entre nous. Cependant, dans ce concours d’éloquence, la mécanique est un face-à-face avec une position qui nous est imposée, alors il a fallu me convaincre avant de pouvoir convaincre mon audience. J’ai réussi à trouver la part de vérité qu’il me fallait dans l’infinitif « se sentir ». Comment peut-on être sûr du ressenti de quelqu’un d’autre ? On ne peut pas. Et de ce constat ont découlé mon discours ainsi que mon point de vue.
Imane, pouvez-vous décrire une ou deux situations concrètes de votre parcours durant lesquelles votre condition de femme d’origine maghrébine a constitué un frein dans le monde professionnel (ou académique) ?
A mon arrivée à l’INSA, j’ai rapidement ressenti le besoin de travailler 2 fois plus que mes camarades pour me sentir “à ma place”. J’ai le sentiment de devoir prouver mes compétences pour contrer tous ces préjugés inconscients qu’on me colle concernant mon genre ou mon origine. Ce frein paraît invisible mais nous rajoute une charge mentale supplémentaire dont on devrait pouvoir enfin se libérer !
Bastien, dans votre plaidoyer, vous évoquez le fait que l’on devienne senior en entreprise dès 45 ans : que révèle, selon vous, ce seuil symbolique de notre rapport collectif à la vieillesse ?
Selon moi, ce seuil est absurde, ça me semble dépassé. Ce nom de senior sert aujourd’hui à définir une tranche d’âge, mais si vous voulez mon avis, cela la stéréotype, et pas dans le bon sens. Dans l’imaginaire collectif, être senior, c’est avant tout la santé physique qui baisse, les capacités aussi. Mais j’en suis convaincu : être senior, c’est porter le poids des mots bien avant celui des maux.
Imane, selon vous, quelles sont les formes de discrimination ou d’invisibilisation les plus difficiles à faire reconnaître en entreprise aujourd’hui ?
Je pense que les plus complexes sont d’abord le fait qu’il y ait des inégalités de promotion salariale. Une femme de même niveau ou de niveau supérieur que son collègue masculin peut se faire refuser une promotion et ce sous des décisions arbitraires, des critères subjectifs. Aussi, les remarques et les micro-agressions sont souvent cachées derrière l’humour. Si on ose en parler, on nous accuse tout de suite d’être « trop sensible » ce qui rend le problème difficile à stopper.
Bastien, 5 minutes de discours à apprendre par cœur n’est jamais facile. On aurait dit que vous l’aviez écrit comme un poème. Est-ce une partie importante de l’éloquence selon vous ?
Pour moi, ça l’est. L’écriture, c’est la phase la plus importante. C’est répondre aux codes stricts de la construction du discours, développer l’argumentaire, mais aussi se projeter sur l’oralité du discours. Chaque phrase que j’écris, je la pense en l’associant à un geste, une intonation, une intention. Et si cette phase d’écriture se passe bien, le travail de la voix ne sera que plus facile. C’est aussi la phase la plus compliquée : il faut être dur avec soi-même et faire des choix parfois difficiles pour ne garder que le meilleur, le plus impactant, concentré en 5 minutes.
Imane, pensez-vous que les entreprises sont conscientes de leurs contradictions entre discours sur la diversité et réalité vécue par les individus ? Pourquoi ?
Non, selon moi, la plupart des entreprises aujourd’hui ne sont pas encore pleinement consciente de ce décalage. Il est vrai que beaucoup utilise cette notion de “diversité” mais uniquement à des fins de marketing. La plupart du temps, il existe un vaste écart entre cette envie d’inclusion et la réalité vécue en entreprise. Cette différence réside dans le fait que l’entreprise souhaite sans cesse une uniformisation de ses effectifs. Pour espérer entrer en entreprise on doit se plier au parcours linéaire sans pauses, sans audace et surtout se conformer au moule préexistant du “salarié parfait”. Tant que cette notion ne sera pas profondément repensée, les écarts persisteront et le mécontentement de certains continuera de se faire ressentir.
Bastien, votre prestation a marqué le jury et le public autant par le fond que par la forme : présence scénique, timbre de voix, gestion du stress : comment avez-vous fait pour avoir cette sérénité durant votre discours ?
Mon discours, j’en suis convaincu, je l’ai travaillé pendant des semaines. Quand je me présente devant le jury et le public, je suis confiant à 1000 %. Cette confiance en moi, couplée au stress de l’instant, me pousse à me dépasser. C’est un exercice que j’adore : j’aime parler, partager. Alors cette sérénité, c’est l’expression de semaines de travail, et aussi du soutien de mes amies qui, derrière l’écran, me soutiennent et me rassurent.
Imane, que peut-on vous souhaiter pour la grande finale nationale Groupe INSA ?
Pour cette finale nationale du Groupe INSA, j’espère réussir à toucher le public et à vraiment prendre du plaisir sur scène. Et bien sûr mon objectif ultime reste de ramener le trophée à l’INSA CVL !
Bravo à vous Imane et tout l’INSA CVL sera derrière vous le 29 janvier 2026 lors de la finale à Paris !
Bastien, si les entreprises vous écoutaient réellement aujourd’hui, quelle première transformation concrète devraient-elles engager pour que l’âge ne soit plus perçu comme un déclin mais comme une ressource ?
Et précisément là, on atteint les limites de mes capacités et de ma légitimité à m’accaparer cet enjeu. C’est assez facile de parler d’un sujet, de s’en faire l’avocat ou non. Mais en entreprise, la réalité, je ne la connais pas. J’espère seulement qu’avec mon discours, les principaux concernés aient entendu mes paroles. C’est à eux maintenant de réfléchir à « que faire concrètement ».
Question bonus pour vous Bastien qui étiez le seul étudiant paysagiste concepteur, est-ce que c’était sympa de participer à cette finale avec 7 autres élèves ingénieurs ?
Oui, très. De par leur formation, leur vision des sujets et l’écriture de leurs discours étaient très enrichissantes et inspirantes. Et puis, moins formellement, ce sont de chouettes rencontres, de l’entraide, avec une très bonne ambiance. J’espère que ce sera aussi le cas pour la finale à Paris. Dans le seul département de paysage de l’INSA, je suis fier de pouvoir monter à Paris défendre un nouveau sujet avec des ingénieurs pour qui, eux aussi, l’art oratoire compte beaucoup.




